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Un voyage entre une enfance fragile et le leadeurship et le syndicalisme

Un voyage entre une enfance fragile et le leadeurship et le syndicalisme

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Par Sofia Trevino Dernière modification 26/09/2021 22:30
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 Kanyarat : Un voyage entre une enfance fragile et le leadeurship et le syndicalisme

La photo présentée pour le mois d'avril a été prise en 2018 en Thaïlande. C'était la célébration de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, lorsque Kanyarat Panya, membre du comité exécutif du Network of Domestic Workers in Thailand (NDWT) - Réseau des travailleurs domestiques en Thaïlande - a réalisé la bannière. Elle voulait encourager les gens à mettre fin à la violence sur le lieu de travail et leur rappeler que le travail domestique est un travail, et que le foyer est aussi un lieu de travail. Nous avons rencontré Kanyarat pour en savoir plus sur son parcours.

Kanyarat Panya a rejoint le Réseau des travailleurs domestiques en Thaïlande (NDWT) en 2010. Mais avant cela, elle ne connaissait pas la syndicalisation. Elle s'en souvient avec un petit rire dans la voix : « Je me suis dit : les membres doivent-ils vendre un produit pour appartenir à l'organisation ? ». C'est une autre travailleuse domestique, voisine de Kanyarat dans l'immeuble où elle travaillait, qui lui a fait connaître le NDWT. Après avoir un peu hésité, Kanyarat s'est rendue à une réunion et a trouvé ça très utile. Elle a alors compris qu'avoir un tel espace était très important pour elle afin de partager les problèmes et les doutes qu'elle avait sur sa situation professionnelle. Avec qui d'autre pourrait-elle réfléchir aux difficultés qu'elle rencontrait, si un employeur ne lui versait pas de prime, ou si elle ne savait pas comment aborder un employeur au sujet d'une difficulté qu'elle rencontrait : « Je craignais que si je ne présentais pas quelque chose de manière correcte à mon employeur, cela se répercute négativement sur moi » dit Kanyarat. « Mais après avoir rejoint le NDWT, j'ai eu plus de confiance en moi, non seulement pour discuter du problème sur mon lieu de travail, mais aussi pour partager mon histoire avec d'autres travailleurs. » Kanyarat apprécie également le sentiment envahissant qu'elle n'est pas seule, qu'il y a beaucoup de travailleurs domestiques dans sa situation, et dans des situations pires encore. Elle est maintenant en mesure de les aider.

Avant de devenir travailleuse domestique, Kanyarat a d'abord été ouvrière dans le bâtiment à l'âge tendre de 18 ans. Elle a quitté ce secteur lorsqu'elle a rencontré son mari. Elle a ensuite commencé à effectuer divers services dans un bureau : elle nettoyait les toilettes, préparait le café et le thé, accueillait les clients. C'est là qu'elle a commencé à apprendre l'anglais par la pratique : ayant déjà une base de connaissances depuis qu'elle était écolière, Kanyarat se perfectionnait en anglais sur son lieu de travail et à la maison elle faisait beaucoup d'efforts pour l'améliorer. Elle étudiait avec le dictionnaire, cherchant des mots comme eau, riz, lait. Elle était capable de saluer les clients et d'avoir des conversations de base avec eux. Lorsque Kanyarat a perdu son emploi de bureau, sa sœur lui est venue en aide et l'a présentée à l'un de ses premiers employeurs particuliers. Il s'agissait de faire du travail domestique à temps partiel. Kanyarat a trouvé la flexibilité des horaires plus attrayante qu'un emploi de 9 à 5.

Kanyarat a terminé sa neuvième année d'école, mais le parcours a été difficile. Son père est décédé lorsqu'elle avait 8 ans, laissant 7 enfants. Pour aider sa mère, à cet âge ou on est encore fragile, Kanyarat a commencé à travailler dans une supérette chinoise où elle installait des étagères. Elle rentrait ensuite chez elle et aidait sa mère à préparer à manger pour ses frères et sœurs et à les préparer pour aller à l'école. Cela l'a amenée à être toujours en retard pour ses cours : "Quand j'arrivais en retard à l'école, ma punition était de chanter l'hymne national", dit-elle en riant. Comme beaucoup d'autres jeunes filles, elle voulait être enseignante ou médecin et avait rêvé d'un monde plus grand, plus plein, plus léger dans son cœur que la vie qu'elle menait. Mais la vie réservait d'autres épreuves à Kanyarat.

S'étouffant dans un souvenir amer, très vif dans son esprit, Kanyarat révèle l'évènement qui a changé sa vie à jamais : « Quand j'ai atteint la neuvième année, ma mère a été tuée par balle. » Ils vivaient loin de la ville et avaient de nombreux problèmes de sécurité. Après la mort tragique de la mère, le frère de Kanyarat a éloigné la famille de la maison, dans l'espoir de trouver un refuge plus sûr. C'est ainsi qu'elle a abandonné l'école : « Je me sens très malheureuse à chaque fois que je pense au décès de ma mère » dit Kanyarat. « Si elle n'avait pas été abattue, mon avenir aurait été meilleur que maintenant. J'aurais peut-être pu être enseignante ou médecin ».

Kanyarat veut que sa famille ait une vie meilleure que la sienne. Pendant longtemps, il n'y a eu qu'elle et son mari à la maison, jusqu'à ce qu'ils aient leur premier enfant quand Kanyarat avait 37 ans. Ils avaient également un neveu vivant avec eux. « Nous avons essayé de les éduquer autant que nous le pouvions, à la maison et en dehors », explique-t-elle. Les enfants de la famille de Kanyarat participent aux tâches ménagères. Lorsque son fils casse accidentellement un plat en le lavant, elle lui dit que ce n'est pas grave et qu'il ne doit pas se sentir coupable ou inquiet. Elle lui apprend que le travail domestique est une activité familiale, qu'il s'agit d'aider et de partager la charge de travail. Kanyarat est travailleuse domestique, mais à la maison, elle a de l'aide pour les tâches ménagères : son mari cuisine, et il aide aussi à balayer les sols. « Le nettoyage n'est pas qu’un travail de femme », explique Kanyarat. « En raison de notre culture, il est mal vu que les hommes fassent le ménage, mais il n'y a rien de mal à cela. Nous sommes une famille, nous nous entraidons ». Explique-t-elle.

Dans sa famille, Kanyarat est la seule à avoir étudié jusqu'à sa neuvième année, ce qui a suscité beaucoup d'attentes, à la fois comme une pression et un encouragement à s'améliorer dans sa profession et à augmenter le revenu du ménage. Elle pense qu'elle n'aurait pas pu y arriver sans apprendre l'anglais. « Je dis toujours à ma famille et à mes collègues de travail qu'il faut apprendre une autre langue », explique Kanyarat. « Peu importe si votre grammaire est mauvaise ou si vous avez un accent, tant que vous pouvez communiquer ». Elle parle comme une vraie militante de la langue, car avoir un accent signifie seulement que l'on a travaillé pour parler dans une langue étrangère, et c'est admirable.

Selon Kanyarat, une langue supplémentaire est un avantage concurrentiel sur le marché du travail. Une personne peut obtenir une promotion ou une augmentation si elle parle l'anglais et pas seulement le thaï, et cela ouvre aussi plus de possibilités d'emploi. Cela a inspiré Kanyarat et elle inspire à son tour ceux qui l'entourent. Par exemple, elle lit le livre d'histoires en anglais pour son fils, et celui-ci peut maintenant répondre à ses employeurs s'ils lui parlent en anglais. De même, son neveu et sa nièce sont prêts à apprendre et ne craignent plus d'essayer de parler une langue étrangère.

Kanyarat a également de précieux conseils à donner à ses collègues de travail, en particulier aux femmes de plus de 50 ans pour qui il est plus difficile de trouver un meilleur emploi :

Alors que la plupart des gens travaillent pour l'argent, Kanyarat dit qu'elle travaille avec le cœur : « Mon intention est de prendre soin de la famille de mon employeur. Cela me rend heureuse quand je fais cela et se reflète dans mon attitude positive. » Mme Kanyarat conseille à ses collègues de travail d'établir un lien humain avec les employeurs et d'avoir des conversations avec eux, sans se contenter de ne faire que le travail. Elle dit que cela brise la glace lorsque de petites conversations peuvent avoir lieu pendant le déroulement de leur journée, ce qu'ils aimeraient manger, etc. Cela améliore la relation et permet au travailleur de s'ouvrir davantage sur les conditions de travail et rend l'employeur également plus réceptif aux commentaires. Kanyarat encourage également ses collègues à prendre des initiatives : « Par exemple, un jour, je peux demander à mon employeur si je dois laver les draps ou faire du jardinage. Au lieu que l'employeur me dise ce que je dois faire, je le devance. Le sentiment est alors totalement différent. L'employeur ne m'ordonne pas de faire des choses, mais je lui offre un choix de services. L'environnement de travail serait meilleur et plus heureux. » Kanyarat poursuit en disant que normalement, les travailleurs domestiques hésitent à exprimer leurs sentiments parce qu'ils craignent de perdre leur emploi. Cependant, il est nécessaire de négocier ou de refuser un travail que l'on ne peut pas faire. Par exemple, il faut refuser de laver une fenêtre de l'extérieur car il y a un risque de chute.

Une dernière parole de sagesse très importante que Kanyarat partage avec ses collègues jeunes travailleurs qui sont nouveaux dans le secteur : Ne craignez pas de dire que vous êtes un travailleur domestique. Certaines personnes dans notre société méprisent notre secteur et pensent que nous ne sommes pas éduqués, mais ce n'est pas une raison pour cacher notre profession », explique-t-elle. L'union fait la force, et Kanyarat pense que le moyen le plus important d'autonomiser les travailleurs et de leur donner le confort et la confiance nécessaires pour parler de leur profession et de ses conditions est de trouver des amis dans le même secteur. « Rejoignez des syndicats et des organisations pour partager vos problèmes et obtenir des conseils. Un ami peut toujours vous aider et vous écouter ». Si un ami peut faire cela, imaginez ce que des centaines d'autres pourront faire!

 

Le NDWT organise les travailleurs domestiques en Thaïlande et plaide pour une protection juridique et sociale accrue du secteur.


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