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SYNEM Guinée : Créer un environnement de travail plus sûr pour les travailleuses

SYNEM Guinée : Créer un environnement de travail plus sûr pour les travailleuses

Par IDWFED Dernière modification 25/07/2022 14:21


SYNEM Guinée : Créer un environnement de travail plus sûr pour les travailleuses


Le Syndicat National des Employés de Maison de Guinée (SYNEM-GUINÉE) travaille activement pour aider les travailleuses domestiques à signaler les abus auxquels elles sont confrontées dans le secteur. Dans cet entretien, nous nous sommes entretenus avec Asmaou Bah Doukouré, la secrétaire générale, pour discuter sur l'un des cas de violences basées sur le genre traité par le syndicat en 2020 : le cas d'Aissatou, une travailleuse qui a subi des violences physiques et continue d'être accompagnée par le syndicat jusqu'à aujourd'hui.

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Le SYNEM Guinée est l'un des rares exemples de collaborations réussies avec les autorités locales pour soutenir les travailleuses qui déposent des plaintes pour abus contre leurs employeurs.

Pouvez-vous nous donner un exemple d'une affaire que vous avez traitée et portée devant la justice ?

 

En 2020, nous avons accompagné une travailleuse nommée Aissatou à gérer un cas de maltraitance à son encontre et à se réinsérer dans la société. Elle était travailleuse à domicile chez son employeur depuis cinq mois, et est payée 500 000 francs guinéens (50 USD) par mois, afin d'élever sa fille de 5 ans. Elle vivait dans la pauvreté, en tant que mère célibataire divorcée, elle avait besoin d'argent et travaillait en ville pendant que sa fille restait chez la grand-mère. C'est la sœur d'Aissatou qui lui a trouvé cet emploi, et bien qu'Aissatou subît régulièrement des violences physiques, elle a continué à travailler pour la famille en s'occupant d'une personne handicapée.

Un jour, la femme employeur a accusé Aissatou d'avoir volé de l'argent et un téléphone à la maison. Aissatou a dit qu'elle était innocente, alors dans le but de lui arracher des aveux, la femme employeur a envoyé donc un jeune homme du quartier pour la ligoter et l'électrocuter avec un fer à repasser. L'homme a appliqué le fer trois fois sur la cuisse d'Aissatou, laissant six cicatrices. Il a également tenté de la violer, mais a été arrêté par un voisin. Blessée et maltraitée, Aissatou n'a pas avoué le vol. Ainsi, au lieu d'être ramenée à l'hôpital, elle a été ramenée à la gendarmerie qui a refusé de l'arrêter car elle était grièvement blessée. Ils l'ont renvoyée chez l'employeur. C'est alors que le SYNEM-Guinée a pris en charge le dossier.


Comment le SYNEM-Guinée a-t-il pu accompagner Aissatou ?

Comme le syndicat travaille avec la brigade de défense des populations vulnérables, nous avons pu tirer des ficelles et l'envoyer à l'hôpital pour soigner ses blessures. Nous nous sommes rapprochés de l'Organisation Guinéenne de Défense des Droits de l’Homme (OGDH) pour prendre en charge le dossier et nous avons porté plainte contre la femme employeur. Le syndicat a également médiatisé ce cas pour qu'Aissatou reçoive un soutien public et pour que nous sensibilisions sur les violences endurées dans le secteur du travail domestique.

Après la sortie d'Aissatou de l'hôpital, je l'ai accueillie chez moi chez moi pendant deux semaines, car elle avait besoin de soins pour son rétablissement. Son employeur a été convoqué devant un tribunal de première instance pour être jugé et a purgé 4 mois de prison mais a été rapidement libéré avec la montée du COVID-19 en 2020, car elle souffrait de diabète et être confinée avec d'autres prisonniers aurait pu avoir des impacts sur sa santé. Elle a donc été libérée sur parole. L'agresseur s'est échappé et la police parcourt de temps en temps le quartier à sa recherche, mais il n'a pas encore été retrouvé.

Le travail de notre syndicat ne s'est pas arrêté là. Nous avons aidé Aissatou à créer une petite activité génératrice de revenus afin qu'elle puisse subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille. Nous avons également mis sa fille à l'école, en payant les frais grâce à des contributions bénévoles. Au fur et à mesure qu'Aissatou se rétablit et se réintègre dans la société, elle pourra créer un avenir meilleur pour elle-même et sa famille avec notre soutien.


Il ne s'agit là que d'un exemple d'abus subi de manière disproportionnée par les travailleurs domestiques.

Comment le SYNEM-Guinée travaille-t-il pour sensibiliser l'ensemble de ses membres et les autorités locales à la question ?

 

Nous tenons régulièrement des discussions informelles dans la communauté sous une palabre. En Afrique, se réunir sous la palabre est une coutume pour créer et entretenir des liens sociaux. C'est une pratique égalitaire à laquelle la communauté participe, qui rend possible le règlement des différends et le partage intime.

Pendant la saison des pluies, lorsqu'il n'est pas possible de se réunir sous un arbre, nous déployons des nattes, apportons des calebasses et invitons les femmes à discuter de ce à quoi nous sommes confrontés en tant que travailleuses domestiques. La rencontre la plus récente a été incroyable et tout le monde a pleuré en même temps en réponse au partage puissant. J'ai commencé par donner des exemples de difficultés dans ma propre vie pour encourager un partage plus personnel. Je me souviens d'une histoire qui m'a beaucoup marqué ; il s'agit d'une jeune femme devenue orpheline à un jeune âge. Son père est décédé et sa mère était malade nécessitant des médicaments pour survivre. Elle n'avait pas l'argent pour sauver sa mère car elle travaillait comme domestique et ce dont elle avait besoin dépassait ce qu'elle avait. Si des médicaments n'avaient pas été administrés immédiatement à sa mère, elle serait décédée. La jeune femme a tenté d'emprunter de l'argent à un homme qui lui a dit qu'il lui donnerait la somme en échange de rapports sexuels. La jeune femme a refusé qu'il profite de sa situation vulnérable et a cherché des alternatives, atteignant toutes les personnes qu'elle connaît, amis, famille et voisins, pour essayer de rassembler la somme d'argent. C'était en vain. Après avoir épuisé toutes les options, elle est allée voir l'homme et a accepté son offre. Il lui a donné l'argent. Et bien qu'elle soit arrivée à temps, sa mère est décédée. En plus du chagrin d'avoir perdu sa mère, la jeune femme s'est sentie violée pour rien. Maintenant, elle était toute seule, vivant dans la pauvreté et se sentant violée. Si sa mère avait survécu, cela lui aurait procuré un peu de réconfort. Mais la vie peut être cruelle.

C'est l'une des nombreuses expériences que les femmes ont partagées au cours de la session. Quand on discute de ces détails intimes de notre vie, c'est comme si on était amis depuis des lustres, ça nous rapproche, dans un milieu où il n'y a pas de jugement mais seulement de la solidarité. Ce n'est pas seulement la solidarité que nous construisons, mais aussi des mécanismes pour identifier et signaler les abus. Nous partageons les meilleures pratiques, à qui parler et quoi faire en cas de danger. Avant tout, nous expliquons la nécessité de signaler les abus afin qu'ils ne soient pas normalisés dans le secteur.


C'est nécessaire, bien sûr, parce que nous ne pouvons pas changer les choses qui ne sont pas reconnues. Dans de nombreux contextes, sortir une histoire d'abus est difficile non seulement en raison de la stigmatisation, mais aussi de l'impunité de l'auteur. Quelle est la situation en Guinée?

 

Ici, si l'agresseur est connu et attrapé, il sera persécuté à hauteur de son crime. Nous avons beaucoup travaillé avec les autorités compétentes afin de graver cette pratique. C'est pourquoi nous sommes à l'aise d'accompagner les rescapés à dénoncer les abus à la police judiciaire et à la gendarmerie pour la défense des populations vulnérables. Nous travaillons main dans la main et nous n'arrêtons pas notre soutien après la résolution de l'affaire. Nous continuons à travailler pour soutenir la réinsertion sociale des survivants. Nous avons un soutien complet et nous recherchons actuellement quelqu'un pour fournir le soutien psychosocial nécessaire à nos membres. C'est un travail que nous ne pouvons pas faire seuls. C'est un effort collectif auquel vous contribuez également. Et pour cela nous sommes reconnaissants. Ensemble, nous sommes plus forts et nous sommes en mesure de lutter contre le blâme des victimes et de créer un environnement de travail plus sûr pour nos membres.

FRA - 2022.07 Aissatou